Adapter les séances de vélo-école à la vie des participant·es
Quel jour et à quelle heure organiser les séances ? Pour répondre à cette question, plusieurs coordinations locales de Vélo-Égaux commencent par interroger les personnes qu’elles accueillent. En Maine-et-Loire, AFODIL s’est d’abord appuyée sur les créneaux existants de ses vélos-écoles partenaires. Une fois ceux-ci saturés, elle a identifié les plages horaires les plus adaptées pour ouvrir de nouveaux créneaux avec les bénéficiaires : « À l’entretien d’accueil, je demande à chaque personne ses disponibilités et je les note. À la fin, on regarde où les besoins se concentrent, et c’est là qu’on ouvre un créneau. », détaille Julia Belliard, coordinatrice Vélo-Égaux d’AFODIL.
Les horaires peuvent aussi suivre le rythme de l’école : « Nos horaires sont calés directement sur le fait que les participantes peuvent déposer leurs enfants à l’école le matin et aller les chercher à midi et à la sortie des classes », note Julien Lesoult, coordinateur Vélo-Égaux au sein du Collectif Cycliste 37 en Indre-et-Loire. De leur côté, Être Mobile, C’est Permis (EMCP) et La Maison du Vélo de Toulouse écartent le mercredi, jugé inadapté à leur public.
Élargir les plages horaires peut aussi passer par une complémentarité entre professionnel·les et bénévoles. Dans le Val-de-Marne, cyclAvenir coordonne un consortium qui réunit des structures professionnalisées et des vélo-écoles bénévoles, dont Partage ta rue 94 à Créteil : « Pour le public, c’est génial, parce qu’ils disposent d’une grande amplitude horaire. Avec cyclAvenir, nous n’intervenons pas le week-end. Les bénévoles de Partage ta rue 94, eux, peuvent assurer des séances le week-end », commente Maryline Robalo, cofondatrice et directrice de cyclAvenir.
Aller au plus près des participant·es
Organiser les séances près des lieux du quotidien facilite la participation régulière, surtout en milieu rural ou pour les publics les plus éloignés. En Isère, AGEDEN intervient avec une équipe et du matériel transportables, au pied de centres d’hébergement d’urgence ou dans les locaux de l’association prescriptrice, à une distance que les personnes peuvent parcourir à pied. Quand c’est nécessaire, un prescripteur équipé d’un minibus assure lui-même le ramassage.
En Ille-et-Vilaine, La Sonnette se déplace dans des instituts médico-éducatifs ou des établissements et services d’accompagnement par le travail (ESAT). Les participant·es s’exercent ainsi sur un trajet qu’ils et elles parcourent au quotidien, par exemple entre l’établissement et le bourg. Jean Midy, conseiller Vélo-Égaux de l’AAPISE dans l’Essonne, applique le principe jusque dans ses déplacements : « Je me déplace à vélo pour faire les diagnostics, souvent dans les centres sociaux, au plus près des habitant·es. Venir à vélo, c’est aussi une façon de montrer aux bénéficiaires que le vélo est un moyen de déplacement à part entière », explique-t-il.
À Stains (Seine-Saint-Denis), la mairie fournit à la régie de quartier Les Rayons les clés des écoles de chaque quartier. Les séances se tiennent ainsi dans les cours, à proximité du domicile des participant·es, le mercredi et le samedi. À l’abri des regards, ces lieux épargnent aussi la gêne que certain·es peuvent ressentir à se montrer en situation d’apprentissage.
Composer avec les rythmes de vie
Adapter l’organisation, c’est aussi tenir compte des habitudes des personnes et de ce qui peut les freiner à rejoindre un groupe. « Nous évitons de programmer des séances pendant les distributions alimentaires des Restos du Cœur ou de la Croix-Rouge, parce que beaucoup de bénéficiaires y vont. Les temps religieux importants sont pris en compte de la même façon », pointe Mathilde Le Roux, coordinatrice Vélo-Égaux pour La Sonnette en Ille-et-Vilaine.
Le Collectif Cycliste 37 (CC37) va plus loin dans la composition des groupes, avec des ateliers de mécanique en mixité choisie, réservés aux femmes.
Faire une place aux enfants
Certaines coordinations acceptent la présence des enfants quand le cadre s’y prête, avec un espace fermé. À Vélisol’ (Calvados), des enfants ont même été associés au cours de mécanique : « Ils ont observé ou participé à petite échelle : de la mécanique sur des petits vélos, du tri de pièces. C’était chouette de partager ces temps-là, et une façon pour les mamans que leurs enfants les voient faire de la mécanique », explique Leslie Soubien, coordinatrice locale de Vélo-Égaux.
D’autres coordinations organisent une prise en charge dédiée. Aux Rayons (Seine-Saint-Denis), pendant que les mères apprennent à faire du vélo, un·e animateur·rice propose des ateliers aux enfants (activités manuelles, sensibilisation au réemploi…).
Portée par un budget d’animation distinct, cette prise en charge libère les mères de la question de la garde. « Avant, quand les mamans venaient avec leurs enfants, l’apprentissage était difficile : l’enfant regarde sa maman, la maman surveille son enfant. Maintenant, un·e animateur·rice s’occupe des enfants pendant qu’elles font la vélo-école », raconte Anas Dwaik, coordinateur mobilité aux Rayons.
Quand la structure ne peut pas assurer la garde elle-même, les partenaires prennent le relais. AFODIL a bénéficié, sur un quartier, d’une convention portée par la collectivité qui a mobilisé une à deux assistantes maternelles pendant quinze jours. En Indre-et-Loire, le Pôle Ressources Handicap 37 accueille des enfants en situation de handicap sur des temps de répit, ce qui permet à leurs parents de suivre les séances du CC37.
Improviser la garde expose en revanche à un risque de responsabilité quand le personnel n’est pas formé. Une coordination avait mis en place une « pouponnière » avec des bénévoles avant d’y renoncer pour cette raison. Mieux vaut s’appuyer sur un partenaire dont c’est le métier. Une autre voie consiste à aider la personne à trouver elle-même une solution. Chez AGEDEN, ce travail est mené avec les prescripteurs et fait partie des étapes vers la reprise d’activité.
| En pratique – Repérer dès l’entretien d’accueil les personnes sans solution de garde et recueillir leurs disponibilités – Préférer un fonctionnement « au fil de l’eau », où l’on peut entrer dans le programme et le quitter à tout moment, à des sessions fermées que l’on doit suivre du début à la fin sur une période donnée – Favoriser des créneaux récurrents, faciles à mémoriser – Lorsque des enfants sont présents, sécuriser leur accueil : un espace clos et une responsabilité clairement établie – Pour une séance délocalisée, anticiper la logistique : autorisation d’accès, sécurité, revêtement adapté à la maniabilité |