Elles et ils ont suivi le programme Vélo-Égaux, et maintenant ?
Que deviennent les bénéficiaires une fois leur parcours Vélo-Égaux terminé ? Autonomie, confiance en soi, vie sociale, accès à l’emploi… Bien au-delà de l’apprentissage du vélo, le programme transforme durablement le quotidien de celles et ceux qui y participent. De Tours à Lille, les témoignages convergent : le vélo ouvre des portes que l’on ne soupçonnait pas.
Apprendre à faire du vélo, maîtriser la circulation en ville, s’initier à la mécanique, recevoir un vélo : le parcours proposé par Vélo-Égaux est un tremplin. Mais le vrai changement se mesure après, quand les bénéficiaires pédalent seul·es dans leur quotidien. Pour beaucoup, c’est une vie différente qui commence.
« On a un taux de satisfaction de presque 90 % », témoigne Julien Lesoult, conseiller vélo et chargé de coordination du programme Vélo-Égaux au sein du Collectif Cycliste 37, en Indre-et-Loire. Ancien travailleur social, vélotafeur depuis vingt ans et mécanicien cycle certifié, il observe au quotidien les effets du programme sur un territoire de quatre communautés de communes, couvrant près de 400 000 habitant·es. « Indépendamment de leurs objectifs de départ, les personnes qui participent sont contentes de ce qu’elles ont vécu dans le programme. »
Ne plus dépendre des transports en commun
Le premier effet cité par les bénéficiaires est l’autonomie de déplacement. « Le premier prisme, c’est de ne plus être dépendant des transports en commun », résume Julien Lesoult.
En Indre-et-Loire comme ailleurs, cette autonomie retrouvée a des conséquences très concrètes. Des mères de famille qui peuvent désormais accompagner leurs enfants à l’école à vélo plutôt qu’en courant derrière. Des personnes qui divisent par trois ou quatre leurs temps de trajet pour se rendre à un rendez-vous ou aller faire leurs courses. Des bénéficiaires pour qui le vélo ouvre l’accès à des emplois qui étaient hors de portée faute de transport adapté aux bons horaires.
Ce constat se retrouve à Lille, où le programme est coordonné par Lille Sud Insertion. John Perceval, médiateur emploi et conseiller mobilité, y porte une double casquette qui illustre le lien entre vélo et insertion professionnelle. « Le public que je rencontrais déjà pour l’emploi va vers Vélo-Égaux parce que ce sont souvent des personnes qui n’ont pas le permis. Une personne sur quatre refuse un travail parce qu’elle n’a pas les moyens de s’y rendre aux heures demandées. Le vélo peut être une solution », témoigne-t-il dans le podcast santé de Radio Moulins.
Une liberté retrouvée
Lysiane, adhérente de la Maison de Quartier Les Moulins à Lille, n’avait pas touché un vélo depuis plus de trente ans. Après avoir passé son permis de conduire et élevé ses enfants, le vélo était sorti de sa vie. C’est Barbara Crozes, coordinatrice santé de la maison de quartier, qui lui a parlé du programme. « Je n’avais pas de vélo, je n’avais pas les moyens de m’en acheter un », raconte Lysiane. Elle s’inscrit, suit l’ensemble du parcours, et obtient son vélo.
Aujourd’hui, Lysiane fait des sorties régulières avec ses enfants désormais grands et part aussi seule quand le beau temps l’y invite. « L’autre jour avec ma fille, j’ai fait 10 kilomètres. Toute seule, je me promène, je vais où je veux », dit-elle avec enthousiasme. « On est moins stressée. Quand on fait du vélo, on prend l’air, on est zen. » Elle résume l’expérience en un mot : « C’est la liberté. »
Pour Lysiane, les bienfaits sont aussi physiques. Souffrant de problèmes aux genoux, elle constate que le vélo la soulage, là où la marche finit par lui faire mal. « Je peux faire 10 km en vélo, je n’ai pas mal au genou. C’est bon pour le cœur, pour le stress, pour tout. » Son message aux personnes qui hésiteraient : « Il faut y aller les yeux fermés. C’est une opportunité. »
Le sourire des premiers mètres
Au-delà de la mobilité, le programme agit sur la confiance en soi. « L’estime de soi, c’est corrélé à tout le reste », souligne Julien Lesoult. Il se souvient d’une bénéficiaire qui ne pédalait pas en début de séance et se prenait des coups de pédale dans les tibias. « À un moment, on ne l’entend plus. Mon collègue me donne un coup de coude : ‘Regarde.’ Elle avait fait 200 mètres toute seule. Elle revient vers moi, les bras tendus : ‘Je suis une princesse !’ » Ce sourire des premiers instants d’équilibre, il le retrouve à chaque séance. « Qu’il pleuve ou qu’il fasse 40 degrés, les gens sourient parce qu’ils réussissent. »
Quand le programme rejaillit sur la famille
L’impact du programme ne s’arrête pas aux bénéficiaires directs. À Lille, Barbara Crozes observe que les femmes qui ont suivi le programme ont souvent entraîné leur mari dans leur sillage.
À Tours, un couple de bénéficiaires tourangeaux illustre lui aussi cet effet cascade. Une jeune femme découvre le programme par le bouche-à-oreille, alors qu’elle ne sait pas faire de vélo. Son compagnon la rejoint dans le programme, alors qu’il a déjà un bon niveau. Tous deux suivent le parcours et reçoivent chacun un vélo. Quelques semaines plus tard, Julien Lesoult les retrouve lors d’une journée du Pôle Ressources Handicap de Tours, où ils sont venus avec leur fils atteint de troubles du spectre de l’autisme. Le père a emmené un siège enfant à installer sur son vélo. « Le petit s’est mis dedans. Le papa est parti faire un tour du quartier et il est revenu en me disant : ‘Je n’ai jamais vu mon fils aussi apaisé.’ » Julien y voit une boucle bouclée : « Ils ont modifié leurs habitudes de déplacement, et ça rejaillit directement sur leur famille. »
Un tremplin vers l’emploi
En Indre-et-Loire, un partenariat avec Cohop’, entreprise à but d’emploi située sur le territoire zéro chômeur du Sanitas à Tours, illustre le potentiel professionnel du programme. Cohop’ emploie en CDI des demandeuses et demandeurs d’emploi de longue durée et a développé une activité de vélo-taxi. Le Collectif Cycliste 37 forme les futur·es conducteur·rices dans le cadre de Vélo-Égaux. « Nous avons formé environ 15 personnes depuis le début, dont 5 sont aujourd’hui devenues conducteur·rices de vélo-taxi », détaille Julien Lesoult. À Lille aussi, le programme ouvre des horizons : un groupe de dix jeunes l’a intégré pour préparer un séjour solidaire d’ateliers de réparation de vélos au Maroc.
Les meilleur·es ambassadeur·rices du programme
Une fois le parcours terminé, certains bénéficiaires disparaissent dans leur quotidien. D’autres reviennent aux ateliers d’auto-réparation, aux balades collectives, aux événements organisés par les coordinations, à l’image de cette journée en mixité choisie organisée par le Collectif Cycliste 37 à l’occasion du 8 mars, avec séance de vélo-école réservée aux femmes, atelier de mécanique animé par des mécaniciennes bénévoles et projection du film ”Women don’t cycle”.
Et puis il y a celles et ceux qu’on ne revoit pas, mais dont on entend parler. Via le bouche-à-oreille, Julien Lesoult apprend par exemple qu’une ancienne bénéficiaire a été croisée à vélo avec ses enfants, faisant la navette entre l’école et la crèche. Autant d’échos qui en disent long sur l’impact du programme. « On n’a pas besoin de les mettre sur les réseaux sociaux pour faire parler du programme. Ils diffusent eux-mêmes l’information, dans leur entreprise, auprès de leurs amis, dans leur famille. C’est notre meilleure pub ! »