Mobilité solidaire et inclusive : pourquoi et comment professionnaliser ?
Dans le secteur de l’accompagnement social, du fait de l’importance historiquement forte de l’exigence de disposer du permis B pour accéder à un emploi, les solutions de mobilité proposées aux publics restent souvent centrées sur la voiture : financement du permis de conduire, aide à l’achat d’un véhicule, orientation vers le covoiturage… Pourtant, pour beaucoup de personnes en situation de précarité, ces solutions s’avèrent coûteuses, parfois inaccessibles, et peu durables.
« La voiture reste indispensable dans certaines situations, notamment en milieu rural. L’objectif est cependant de chercher à réduire l’autosolisme quand c’est possible car cela représente un coût économique important pour les personnes et cette solution de mobilité a un impact environnemental fort. L’enjeu est d’accompagner vers des usages partagés et de nouvelles pratiques de mobilité », souligne Ghislaine Liberos, responsable pédagogique du programme Tims.
La marche, le vélo, les transports en commun, les usages partagés de la voiture ou encore plusieurs de ces modes en intermodalité constituent ainsi autant de leviers à activer pour faciliter la mobilité du plus grand nombre. Pour y parvenir, encore faut-il que les professionnel·les de l’accompagnement soient outillé·es. C’est tout l’enjeu de la formation continue : donner aux acteurs et actrices de terrain les compétences nécessaires pour proposer des solutions adaptées, diversifiées et durables.
La mobilité durable et inclusive : un secteur en émergence
La mobilité durable et inclusive est un champ professionnel en construction, né du rapprochement de deux secteurs qui étaient jusqu’ici peu articulés. D’un côté, la mobilité durable, avec ses enjeux de décarbonation des transports, de développement des mobilités actives et des usages partagés. De l’autre, la mobilité inclusive (appelée aussi mobilité solidaire) qui vise à lever les freins à la mobilité des personnes en situation de vulnérabilité pour leur permettre de se déplacer pour aller travailler, se former, se soigner ou tout simplement avoir une vie sociale.
« La mobilité durable et inclusive, c’est le rapprochement de ces deux secteurs, explique Ghislaine Liberos. C’est penser la mobilité de manière intégrée, en reliant les problématiques des personnes et celles des territoires, sans faire porter la responsabilité uniquement sur les individus. »
Ce secteur émergent se structure notamment grâce au programme Tims. Celui-ci est porté par un consortium d’acteurs de la transition écologique et de l’accompagnement social : Cler solutions, le réseau Mob’In, Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement (AURA-EE) et le Réseau des Agences Régionales de l’Énergie et de l’Environnement (RARE). Le programme ambitionne de faire la preuve de l’impact social, environnemental et économique d’une mobilité pensée autrement. Le programme soutient 69 projets expérimentaux, couvrant aujourd’hui environ 25 % du territoire national.
Deux nouveaux métiers pour accompagner la mobilité durable et inclusive
Qui dit nouveau secteur, dit nouveaux métiers. Le programme Tims a créé deux formations pour répondre aux besoins du terrain :
- le ou la conseiller·ère en mobilité durable et inclusive accompagne individuellement ou collectivement les publics vulnérables vers des solutions de mobilité adaptées. Ce métier de “l’aller-vers” repose sur des compétences d’écoute, d’accompagnement au changement et de connaissance fine des freins à la mobilité.
- le ou la chargé·e de développement territorial de la mobilité durable et inclusive agit à une autre échelle : celle du territoire. Son rôle est de fédérer les acteurs locaux (collectivités, associations, acteurs économiques) autour d’un projet territorial partagé.
Chaque formation se déroule sur dix journées en présentiel, réparties en quatre blocs de compétences et alternées par des mises en situation. La démarche pédagogique repose sur la formation-action : apports théoriques, mises en situation, échanges de pratiques entre pairs.
« 170 personnes ont déjà été formées. L’objectif de 200 personnes formées sera atteint d’ici l’été », précise Ghislaine Liberos. Le programme s’est par ailleurs engagé à déposer auprès de France compétences une demande de reconnaissance de ces formations afin qu’elles deviennent certifiantes.
Les mobilités actives dans l’accompagnement social : la formation Vélo-Égaux
Les mobilités actives occupent une place importante dans le panel de solutions de mobilité durable et inclusive. Au-delà de leurs bénéfices environnementaux, la marche et le vélo présentent des atouts économiques et de santé. Ils s’intègrent aussi naturellement dans une logique d’intermodalité, où les personnes sont accompagnées à combiner plusieurs modes de déplacement pour réaliser leurs trajets.
C’est précisément l’objet de la formation “La marche et le vélo dans l’accompagnement mobilité”, proposée dans le cadre du programme Vélo-Égaux. Co-construite avec le réseau Mob’In, cette formation de deux jours (13 heures) s’adresse aux professionnel·les de l’accompagnement à la mobilité : conseiller·ères mobilité, formateur·rices, acteurs et actrices de l’insertion. Aucune connaissance préalable sur le vélo ou la marche n’est requise. La dispense de la formation est prise en charge par le programme, donc gratuite pour les apprenant·es.
La formation poursuit trois objectifs : mobiliser des arguments pour répondre aux idées reçues sur les mobilités actives, intégrer ces mobilités dans une stratégie d’accompagnement, et proposer des solutions concrètes pour engager les publics. Les méthodes de pédagogie active utilisées permettent aux participant·es de s’emparer rapidement des outils proposés. Une mise en situation lors d’une séance de vélo-école donne à voir aux apprenant·es les spécificités de l’apprentissage de la mobilité à vélo par rapport à l’apprentissage de la conduite automobile.
Tims et Vélo-Égaux : des formations complémentaires
Les formations du programme Tims et la formation Vélo-Égaux se complètent. Les conseiller·ères formé·es par le programme Tims acquièrent une vision généraliste de l’accompagnement aux nouvelles pratiques de mobilité. Ils et elles connaissent les différentes solutions existantes (vélo, covoiturage, transports en commun, autopartage…) mais ne sont pas nécessairement spécialistes de l’une ou de l’autre. La formation Vélo-Égaux vient ainsi apporter une spécialisation pratique sur la marche et le vélo, là où Tims construit un socle de compétences plus large.
Former les professionnel·les de la mobilité permet ainsi de leur donner les moyens d’agir plus efficacement auprès des publics qu’ils et elles accompagnent au quotidien, en diversifiant les solutions proposées.
| Pour aller plus loin – Formation Vélo-Égaux “La marche et le vélo dans l’accompagnement mobilité” – Livret de formation Tims “Mobilité durable et inclusive” (PDF, 12 Mo) – Site du programme Tims |